18 octobre 2021

Stage PotAlger Retour d’expérience

L’un des axes de développement souhaité par l’association Torba est de développer les formations, notamment auprès d’un public jeune (18-30 ans). Ayant eu la chance de bénéficier de l’une de ces formations, sous la forme d’une stage d’une durée d’une semaine se déroulant au sein des jardins partagés de Zeralda, à Alger, j’ai souhaité apporter mon témoignage quant à cette expérience. Pour introduire mon propos, il me tient à cœur de faire part de ce qui m’a conduite vers Torba.
Lorsque j’ai commencé à évoquer autour de moi le fait que j’allais partir en Algérie pour y faire un stage de permaculture, les réactions ont été pleines d’étonnement. Non pas tant que la destination paraisse inédite, mais la surprise, tout agréable qu’elle fût, concernait plutôt le fait que la permaculture puisse bel et bien exister en Algérie. Plusieurs fois, l’œil s’écarquillant tout rond de mon interlocuteur accompagnait cette réponse « Ah bon ? On fait de la permaculture en Algérie !?? » Et cette surprise fut aussi la mienne lorsque je suis tombée « par hasard » sur la page Facebook de l’association, je dois bien l’avouer. Mais comme l’a dit si bien Paul Eluard dans une citation qui compte parmi mes préférées « Il n’y pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Rendez-vous fut pris donc, le 25 janvier aux jardins de Zeralda.
Nous commençons par la visite de la ferme pédagogique et des ateliers que celle-ci organise pour différents publics, ainsi qu’une présentation des produits vendus dans la boutique, dont certains sont fabriqués sur place, comme l’huile essentielle de géranium. Nous poursuivons la matinée avec la présentation de l’Amap (tafas en arabe), la visite des jardins et la rencontre avec des adhérents, une cueillette de légumes pour le pic-nique du midi… dès les premiers instants, j’ai senti que le hasard m’avait fait « tomber » au bon endroit. Ce qui me frappe immédiatement, c’est la richesse des activités réunies en ce lieu et l’étendue des ressources qu’il offre. Ainsi, Karim Rahal, le président de l’association, m’explique par exemple qu’une partie des engrais utilisés provient directement du fumier généré par les animaux de la ferme et que les résidus de géranium issus de la distillation servent de paillage pour les parcelles. Rien ne se perd, tout se créer… et tout fait sens.
Je ne ferai pas ici un exposé détaillé du déroulement de chaque journée mais j’ai souhaité poser le décor, car il me semble important de souligner que le cadre dans lequel se déroule le stage Pot’Alger a une importance notoire quant à la qualité du contenu qu’il offre.
Les objectifs du projet Pot’Alger
Les objectifs visés par le stage Pot’Alger sont de plusieurs ordres. Le premier vise à vulgariser le principe de la permaculture pour le rendre compréhensible et accessible au plus grand nombre, en l’occurrence les jeunes qui sont les plus susceptibles de devenir les agriculteurs de demain – au travers d’une approche alliant théorie et pratique.
Le second objectif, porté également par l’association française Coup de Soleil, partenaire du projet, est d’offrir un cadre d’échange entre jeunes issus des deux rives de la Méditerranée et qui respecte, selon le cahier des charges établi, la parité au sein du groupe de stagiaire (ce qui a été le cas puisque nous étions six stagiaires dont trois filles et trois garçons).
Enfin plus largement, ce projet vise à diffuser une vision de l’humanité de demain reconnectée à son lien originel avec la Nature à travers la pratique d’une agriculture saine, raisonnée, en adéquation avec le cycle des saisons. Il s’agit de faire l’expérience ensemble, par l’échange croisé entre formateurs et stagiaires, d’une agriculture qui rende possible l’auto-suffisance alimentaire dans le respect de l’environnement, tout en conservant un niveau de vie confortable et décent pour soi et sa famille.
Les atouts de Pot’Alger
I. Un programme adapté aux besoins des stagiaires
L’un des aspects très positifs que j’ai pu trouver dans ce stage réside dans le fait qu’il puisse s’adapter aux besoins de chaque participant. En effet, le programme est établi en commun, chacun étant invité à définir l’intérêt qu’il/elle porte pour tel ou tel sujet suivant une liste de thèmes pré établie (amendement du sol, compost, design, taille des arbres, etc). Tout en offrant un panorama complet du concept de permaculture, cette souplesse dans l’organisation permet d’optimiser le programme afin qu’il réponde aux problématiques liées aux projets personnels des stagiaires.
II. L’équipe encadrante
Les points forts de ce projet transfrontalier sont nombreux.
En premier lieu, il me semble essentiel de souligner la qualité du contenu théorique élaboré par les formateurs. Tout en rappelant que leur statut au sein de l’association est bénévole, les « cours » qui ont été dispensés ont été au préalable mis en pratique par les formateurs afin d’être enseignés. J’ai pu constater de leur part un vrai souhait de transmettre leur expérience du terrain. Et au-delà de leurs compétences dans le domaine de la permaculture, c’est la diversité de leurs profils et de leurs parcours professionnels qui est enrichissante et inspirante.
Ainsi, le désir de transmettre émanant des différents intervenants, couplé à l’envie d’apprendre manifeste de la part des stagiaires donne une énergie communicative. Les échanges croisés entre stagiaires et intervenants permettent de varier les points de vue, de nourrir les discussions et de partager les expériences de manière très libre et spontanée.
III. De la théorie à la pratique : une pédagogie qui favorise l’autonomie

La partie théorique ne serait certainement pas suivie d’autant d’enthousiasme si elle n’était pas accompagnée d’une mise en pratique immédiate sur le terrain. Et c’est bien là ce qui constitue un autre point majeur du projet Pot’Alger. Le cadre, favorable et riche en ressources permet de mettre en œuvre directement les savoirs acquis en amont. De la salle de cours aux jardins, il n’y a qu’un pas. Créer un compost, « amender » le sol, couper les « adventices », réaliser une « planche » ou encore faire du « BRF », toutes les notions trouvent leur sens rapidement en étant appliquées de manière concrète dans les parcelles. Ces dernières, déjà plantées ou encore vierges deviennent un véritable terrain d’expérimentions. Cela permet d’apprendre les bons gestes, de les répéter, de les assimiler afin d’être en mesure de les reproduire ultérieurement de manière autonome.
Cette part louable accordée au travail en autonomie et qui participe à mon avis grandement à la qualité du stage, permet d’apprendre les techniques plus rapidement. La liberté est donnée aux stagiaires de prendre des initiatives et de s’approprier une partie de travail seul ou à plusieurs, en fonction des préférences, et des difficultés éventuelles. L’idée qui me paraît intéressante dans cette approche est d’une certaine manière de se responsabiliser face au travail à effectuer, mais aussi de s’investir dans le rôle de jardinier amateur, d’agriculteur ou de maraîcher selon ce à quoi chacun de nous aspire.
De plus, les différentes thématiques du programme offrent un aperçu global des tâches liées à l’activité de permaculture et donnent la possibilité de se projeter de manière effective dans le processus d’aménagement d’une parcelle et toutes les opérations d’entretien courantes qui s’ensuivent comme le désherbage, le paillage, l’arrosage etc. Ce stage enseigne les fondamentaux nécessaires pour s’approprier une parcelle et l’exploiter aux fins d’assurer tout ou en partie notre alimentation quotidienne en légumes (voire en fruits) et donne les clés pour les jeunes qui souhaitent démarrer leur activité professionnelle dans ce secteur. Ainsi, la pédagogie développée pour les besoins du projet Pot’Alger est en adéquation avec les défis que les futurs porteurs de projet seront amenés à relever, qu’il s’agisse de cultiver une parcelle pour soi afin d’atteindre une certaine forme d’autosuffisance, ou de se lancer à plus grande échelle selon ses moyens et ses ambitions.
« Le compost est une œuvre d’art »
IV. Des stagiaires impliqués à tous les niveaux
J’ai été agréablement surprise par la variété des actions menées et envisagées par l’association pour son développement. L’esprit d’ouverture et le souhait de sensibiliser toutes les personnes à l’écologie au sens large se ressent à tous les niveaux. Les stagiaires en particulier sont invités à se joindre à tous les événements ayant trait à l’écologie qui sont organisés par l’association, la ferme, ou d’autres organismes : distribution des paniers lors des Tafas (Amap), marchés de produits artisanaux, conférences.
Le fait d’impliquer les stagiaires dans toutes ces actions contribue notoirement à l’engouement ressenti pour le projet et participe du sentiment de communauté fraternelle qui se tisse durant le stage. Car il s’agit bien là, à mon sens, d’un des points clés de cette expérience et qui est la racine même du projet Pot’Alger.
V. Des liens qui se tissent au-delà des frontières et qui perdurent
Un des autres points forts provient du fait que les stagiaires viennent d’horizons multiples. Cette composante-là me semble vraiment essentielle car elle apporte une dimension particulière au projet. Au-delà de l’intérêt évident qu’il y a dans l’échange Algérie- France sous toutes ses formes, cette initiative attire des jeunes aux profils variés à l’échelle même du territoire algérien. L’échange inter-culturel qui constitue l’ADN de PotAlger se situe donc à plusieurs niveaux. Tout en ayant des profils différents, selon notre pays d’origine, notre bagage scolaire et/ou professionnel et notre projet de vie, ce stage nous permet de rencontrer des personnes qui ont des aspirations similaires, qui partagent le même goût pour le respect de la terre, le même désir d’imaginer ensemble un nouveau mode de vie en relation directe avec la nature. Cela créer indubitablement une proximité particulière entre les uns et les autres et fait naître d’emblée un climat favorable au dialogue et au partage.
Au-delà des frontières c’est donc un projet qui se nourrit des expériences de chacun et qui continue de vivre dans le temps, grâce notamment aux réseaux sociaux. Les outils qu’ils offrent, tel que Facebook par exemple, permettent via une page dédiée au projet PotAlger de continuer à partager nos expériences, échanger des conseils et suivre les projets des uns et des autres.
Conclusion

Dans sa forme, le stage PotAlger s’avère être un outil extrêmement impactant de promotion de la permaculture en Algérie. Le site de Zeralda, grâce à toutes les commodités offertes par la ferme pédagogique, a tous les atouts d’un incubateur pour les jeunes qui souhaitent créer ou reprendre une activité de maraîchage sain. De nombreuses pistes de développement pourraient ainsi être envisagées pour poursuivre ce bel élan d’échange transfrontalier, comme la possibilité d’un stage de niveau 2 pour approfondir certaines thématiques et accompagner les projets d’installations au sein d’espaces-tests.
Enfin, ce qui fait la grande force de ce projet est à mon sens la notion de partage sous toutes ses formes. Au-delà de l’échange inter-culturel entre jeunes algériens et français, c’est la possibilité de se retrouver autour de valeurs communes qui m’a personnellement le plus marquée. La joie de rencontrer des personnes qui, nées dans un autre pays, venant de cultures différentes, partagent les mêmes aspirations quant à leur avenir professionnel et l’avenir de la planète, est inestimable.
Il est d’un certain réconfort de constater que partout dans le monde, et malgré les obstacles qui paraissent encore immenses à surmonter, le thème, crucial désormais, du développement de l’agroécologie peut fédérer des personnes de tous horizons autour de projets communs. Des initiatives tel que le projet PotAlger permettent de mettre en évidence l’importance accordée à la cause environnementale et le désir profond de la jeunesse de développer des pratiques agricoles respectueuses de la terre.
Par Elsa Bock, stagiaire
Session du 24 janvier au 1er février 2019

2 thoughts on “Stage PotAlger Retour d’expérience

  1. bonjour ,suis sensibiliser par la biodiversité et la permaculture , prochainement je rentre a Alger j aimerais visite les lieux a Zeralda . c est vrai moi aussi j ai été étonner ,je vous souhaite de réussir dans votre mission de sensibilisation
    J ai vu le programme de la maison de l environnement de Lyon ,mais je n est pu assite a la rencontre SUD-NORD agro-ecologie ? MERCI pour toute vos action.

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