18 octobre 2021

Pourquoi l'Algérie ne peut s’auto-suffire en lait cru ?

Pourquoi l'Algérie ne peut s’auto-suffire en lait cru ?

Par Pr Belgat Saci
L’Algérie n’a jamais été un pays producteur de lait de vache pour nourrir 45 millions d’habitants à raison de 130 litres/hab/an. Un article de Saci Belgat, Professeur d’agronomie à l’Université de Mostaganem est là pour nous le rappeler.
« Poser la question correctement c’est déjà y répondre à 50% à la problématique :
En premier lieu, il faut se poser la question qui fait de la Normandie, de la Bretagne et de la moraine des régions par excellence laitières et fromagères.
1- le climat, une pluviométrie conséquente, bien répartie à longueur d’année et des réserves hydriques très satisfaisantes – en somme les cultures fourragères à hautes valeurs énergiques poussent à l’aise et les rendements en biomasses sont très conséquents.
L’Algérie appartient climatiquement à l’une des régions les moins bien arrosées du globe- c’est une donnée constante et il faut faire avec en adoptant son agriculture à l’eau et non l’inverse. Donc in fine , il faut chercher dans les cultures qui font la singularité des climats méditerranées, steppiques et désertiques au lieu de s’aventurer dans les agricultures grosses consommatrices d’eau et la production de lait en est une.
comment garder son self contrôle quand on vous oppose comme argument- à Ghardaia on fait du lait , mais à quel prix -à combien revient le litre de lait produit, le kg d’ensilage, l’entretien du cheptel
quand un pseudo-agronome vous dit, mais à Naama, on produit de l’ensilage de maïs, mais à quel prix et pour combien de temps encore !
à l’oued, un ingénieux aventurier produit du fourrage hors sol – en chambres closes , belle performance en attendant de vider la caisse des importations.
On oubli de dire que toute cette gente de nouveaux investisseurs ne risque pas son argent- elle travaille avec l’argent du trésor et pardon sans risques. Le risque est pris et assumé que par la vache laitière l’Algérie.
2- les sols: les sols des régions françaises hautes productrices de lait sont hautement fertiles pour recevoir des prairies naturelles et des cultures artificielles pour alimenter le cheptel :
– la France compte 13 millions d’ha de prairies naturelles permanentes soit 44% de la S.A.U, quid de l’Algérie 450.000 ha soit 6% de la S.A.U.
Ce qui fait d’un pays un grand producteur de lait ce sont les prairies naturelles permanentes et non la taille du cheptel. La taille du cheptel est conditionnée par ce premier facteur. Aucun pays ne s’est aventuré dans la production de lait sans en assurer l’alimentation du cheptel. en conséquence si vous ne disposez pas d’un stock prairial conséquent faites autre chose, changer de braquet.
l’Algérie a un gros problème à assurer le pain à ses 40 millions et si demain, elle aura recours à l’achat exclusif des aliments de bétail, autant condamner le pays dés maintenant à la vente de son sous sol.
j’entends cet argument, alors vous condamnez l’Algérie à l’importation, patience je ne suis pas au bout de mon argumentaire.
Le lait nous pouvons le produire dans certaines zones qui se rétrécissent comme peau de chagrin de 2 millions d’ha de prairies naturelles en 1905 on est à moins de 450.000 ha.
il reste quelques zones où la production de lait est encore possible- Habra, en aval du barrage , mitidja dans quelques petites poches, Annaba, Bounamoussa,Seybouse , Tarf , Safsaf, l’oued nil, la vallée basse de la Kabylie occidentale , Bordj mnaïl, Draa el Mizane, les zones d’épandage du chott ech chergui moyennant un aménagement hydroagricole , Guema. la vallée du chellif ; Il s’agit d’effectuer une cartographie de toutes ces zones pour à la fois mesurer l’effectivité du choix, potentialité et travaux hydroagricoles.
une oasis est spécialisée dans la phœniciculture et accessoirement dans la production fruitière et florale en sous étage, la steppe , elle est spécialisée dans le mouton et toutes les productions annexes , bien sûr sans oublier la valeur ajoutée que procure la restauration et l’exploitation de l’alfa
les montagnes telliennes , il faut y aller dans toutes les productions de montagnes à hautes valeurs ajoutées et elles sont nombreuses.
Dans l’élevage cherchez du côté des races locales adaptées au climat, à croiser et à améliorer génétiquement – le génie génétique n’est pas fait que pour les gens de l’hémisphère nord.
La solution de l’élevage laitier n’est pas dans le cheptel mais dans la capacité à le nourrir.
Acheter des vaches laitières est un acte marchand surtout quand il est soumis à la seule discrétion décisionnel du bureaucrate, de la banque et de l’acheteur généralement il n’a aucune compétence dans le domaine- il achète autant les bananes, que les vaches et demain que sais je des usines hydroélectriques et aujourd’hui des kit de voitures.
En 1984 l’Algérie a acquis par importation un cheptel conséquent mais à la seule destination des abattoirs et des boucheries.
Est –il possible de satisfaire à l’alimentation du cheptel en ayant recours aux cultures artificielles et la grande fumisterie du fourrage hors sol hydroponique. C’est ce qu’un ami bien averti, pour ne pas le citer Aziz Mouats a nommé par le Macdonald des vaches.
3- une longue tradition fermière et non paysanne de l’élevage et de la transformation des produits laitiers. Ceux qui croient qu’on peut faire des transformateurs industriels de lait en poudre des producteurs de lait frais, se fichent de nous- un fermier ne s’invente pas entre deux portes et un carnet d’adresses c’est un métier, une habitude, des traditions et un savoir faire. Et il faut que la décision nationale prenne la mesure de la dangerosité de cette orientation volontairement tournée contre l’agriculture de production.
pour être clair et honnête avec ceux qui nous ont cédés ce pays en héritage, cette orientation est pire que celle de l’agriculture coloniale.
Elle est hautement spéculative sans visibilité et détruit à petites doses les terroirs et les sols.
– Dans cet ordre d’idée qui a été au contact des fermiers de la Bounamoussa et de Tarf pour leur demander leurs avis sur la question – qui a interrogé les fermiers des terroirs de Guelma et de souk harras . Sommes-nous condamnés à subir ad vitam æternam les décisions bureaucratiques teintées de prébendes et de réseaux d’influence.
4- Des assises agricoles où ne seront concerné que les agriculteurs des terroirs, les ingénieurs et techniciens deviennent inévitables pour tracer un plan de résurrection des terroirs et des productions, tracer un programme de développement des filières agricoles et repartir à la conquête des parts de marché internationaux perdus.
5- une recherche agronomique majeure et une sélection génétique de pointe – amélioration continue des races laitières, la France possède 13 races de vaches suivies par l’INRA et en amélioration génétique continue.
Quels sont les programmes de recherche dans ces domaines de la haute performance –
Que dit l’IRA ses ingénieurs, ses techniciens à ce sujet – rien, le discours politique écrase la réflexion des techniciens de ceux qui formés par l’Algérie à hauteur de milliards de $.
– En Algérie nous avons 2 races locales abandonnées à leur sort (Guelmoise et brune des hauts plateaux) , aucun travail génétique n’est effectué sur ces 2 races et dit –on, on compte développer l’élevage bovin, mais de qui on se moque. L’agronomie est une science et aucune science ne se développe sans recherche et de gros moyens de formation et de matériels performants et une prospective inscrite à court, moyen et long terme c’est ce qu’on appelle par ailleurs la bonne gouvernance.
Saci Belgat ingénieur agronome

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