18 octobre 2021

Culture du quinoa en Algérie

Culture du quinoa en Algérie

Interview de Madame Halima Khaled le 27/08/2020 par Nadia Mécheri
1) Madame Halima Khaled, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis ingénieur agronome, je m’occupe actuellement de la gestion d’une petite station à El Arfiane dans la vallée d’Oued Righ (commune de Tindla, daïra de Djamaa, wilaya d’El Oued), station parmi les 5 stations régionales de l’ITDAS (Institut Technique du Développement de l’Agronomie Saharienne), qui couvre la région de Oued Souf et toute la région de Oued Righ.
2) Je crois que vous vous êtes intéressée aux plantes qui pouvaient s’adapter à des eaux salines.
Oui, exactement. Les eaux d’Oued Righ sont toutes salines, il faut donc trouver des techniques et des solutions adaptées pour les sols et pour les cultures dans ces zones.
3) Concernant le quinoa, quel est l’historique de cette culture en Algérie ?
En bref, le quinoa a été introduit en Algérie en 2013 à l’occasion de l’année internationale du quinoa par la FAO à travers un projet régional concernant 8 pays : Algérie, Maroc, Liban, Egypte, Irak, Iran, les Emirats, et Yémen. En 2014 nous avons fait les premiers essais de la culture du quinoa dans deux stations de l’ITDAS : Biskra et Al Arfiane. Et comme à El Arfiane, nous sommes très intéressés par les cultures qui s’adaptent à la salinité des eaux, nous avons attaché beaucoup d’importance à cette expérience avec le quinoa. On pense en Algérie que l’initiative de la culture du quinoa vient d’Al Arfiane ; mais non, le quinoa a été introduit par la FAO et par le ministère de l’agriculture algérien et les premiers essais ont été faits dans 7 sites à travers le territoire.
4) Et pourquoi surtout dans votre station ?
Peut-être parce que les conditions sont favorables et aussi parce que je me suis beaucoup intéressée au quinoa et que j’y ai consacré beaucoup d’efforts personnels et matériels pour en réussir la culture. Des amis agriculteurs m’ont aussi beaucoup aidée en mettant leurs fermes à notre disposition pour la démonstration et pour la production des semences.
5) Vous avez également eu beaucoup de contacts au niveau international.
Oui, tout à fait. Je suis entrée dans le réseau international du quinoa, avec des chercheurs d’Egypte, Tunisie, Maroc, France, Pérou, Bolivie etc. En fait cette activité ne concerne pas que les travaux de l’Institut, mais aussi moi-même.
6) Donc, actuellement en Algérie, où peut-on trouver la culture du quinoa ?
On la trouve chez des agriculteurs de la région d’Oued Righ, mais aussi à Biskra, El Menia (ex El Goléa), Ghardaïa, El Oued. Sa culture est encore timide mais on peut compter environ 20 agriculteurs qui font du quinoa en plus de leur culture habituelle de maraîchage, de céréales, ou de palmier dattier.
7) Quels arguments avez-vous donné aux agriculteurs pour qu’ils s’intéressent à cette culture du quinoa et en fassent l’essai ?
Tout d’abord, j’ai avancé que le quinoa est un produit assez rare et cher sur le marché algérien. De plus il est très recherché par les associations de malades coeliaques. Il y a donc un côté humain, social, qui fait que les agriculteurs ne pensent pas seulement au gain financier. Ils se soucient de ces gens qui sont toujours à la recherche de produits sans gluten pour leur alimentation. De plus, le quinoa tolère la salinité de l’eau et il n’exige pas beaucoup engrais (il peut se satisfaire de fumure organique), le travail de préparation du sol est comme celui pour les autres cultures (il préfère cependant un sol léger et ameubli), et il ne demande pas beaucoup de suivi. Il y a juste la semence puis la récolte. Les opérations post récolte par contre exigent pas mal d’efforts.
8) Les agriculteurs ont donc commencé en 2014 ?
Non, en 2014-2015 les débuts se sont faits à l’Institut, chez nous, et c’est en 2016 que nous avons choisi 3 agriculteurs types pour qu’ils fassent les premiers essais hors Institut à l’occasion de la démonstration des journées techniques. Après 2016, ils ont commencé à élargir leurs superficies et d’autres agriculteurs ont également commencé.
9) Est-ce que ce sont eux qui se sont occupé de la commercialisation ?
Oui, mais toujours avec moi. Malheureusement ou heureusement, je suis toujours liée aux agriculteurs. Je fais le lien entre eux et les clients intéressés comme des sociétés, des associations, des privés, des gens que je connais. Donc je suis toujours en contact avec eux pour les aider à distribuer leur récolte. Parfois ils offrent même généreusement une partie de leur quinoa aux personnes malades qui n’ont pas les moyens de l’acheter. De plus j’organise pas mal de journées techniques à l’Institut, des journées de dégustation et 2 ou 3 rencontres nationales et internationales sur le quinoa en Algérie, et Dieu merci ça marche très bien. J’ai organisé des journées techniques à Alger, El Oued, Adrar, Biskra, Ouargla, à Sétif également et je connais donc à présent beaucoup de gens qui s’intéressent au quinoa.
10) A combien estimez-vous la production totale de quinoa cette année en Algérie ?
C’est difficile à évaluer, mais je dirais une vingtaine de quintaux.
11) Quelles sont les difficultés rencontrées aux différentes étapes de la production du quinoa ?
La récolte dépend du mode de semis, si on sème à intensité faible, avec des distances ou non, si l’on récolte seulement les panicules (qui représentent toute l’inflorescence de la plante) principales et pas les secondaires. (Si on n’enlève que les premières, il y a la perte des autres qui sont pourtant très intéressantes en quantités.) Pour le moment nous n’avons pas de machine pour récolter en Algérie, les agriculteurs enlèvent les panicules à la main, juste avec des sécateurs, ce qui est un peu difficile.
Après la récolte il y a le battage des graines, soit que la plante est entièrement sèche, sur pied, soit qu’elle arrivée à maturité. Dans ce 2e cas on fait le séchage à l’air libre après le battage, si on a peur qu’il pleuve par exemple et qu’une nouvelle germination des graines se fasse sur pied, car la germination du quinoa est très rapide.
12) Et comment se fait le battage ?
Son but est de libérer les graines des panicules, puis il faut enlever la poussière, les petits morceaux de panicule, les tiges, ainsi que les pierres éventuelles. Il y a un grand triage à faire pour tout enlever et garder juste les graines. Puis, si on a besoin de garder la semence pour l’année suivante, on garde les graines telles quelles, sans lavage. Mais si c’est pour la consommation, il faut faire un lavage.
13) Comment se fait le lavage du quinoa ?
Il y a 3 modes de lavage :
1- Le mode mécanique avec les grandes machines de désaponification qui frottent les graines. Après le frottement, il y a le lissage des graines. Mais après recherche, bien que cette méthode soit moins coûteuse car elle ne demande pas beaucoup de main d’œuvre, il y a le risque de perdre des protéines.
2- Le mode hydrique où le lavage est manuel et dure de 30 à 60 minutes dans une eau très chaude, à 70°C. Cela ne porte pas préjudice à la plante parce que le quinoa est assez dur et que c’est juste sa pellicule, avec une couleur assez soutenue, qui est en contact avec cette eau chaude. Après 1 heure, on commence le lavage à la main et, en frottant, la couleur commence à s’atténuer.
3- Le mode combiné : la combinaison des deux premiers modes consiste à frotter légèrement le quinoa puis à le laver ; c’est le mode le plus conseillé.
En Algérie nous faisons le lavage manuel traditionnel vu le manque de machines spéciales pour le quinoa. (Je n’ai distribué que du quinoa « orange » Amarilla Saccaca, mais il existe beaucoup d’autres sortes de quinoa.) Le point négatif de cette méthode est qu’elle consomme énormément d’eau vu qu’on en change souvent. De plus son coût est élevé à cause de la main d’œuvre que ce lavage exige.
14) Et comment se fait le conditionnement ?
Comme les agriculteurs ne sont pas de vrais commerçants, on leur conseille de les conditionner dans des sacs cartonnés (ou en papier) et non en plastique car le quinoa craint l’humidité.
16) Quelles sont les difficultés rencontrées et vos satisfactions ?
J’ai personnellement beaucoup donné pour le quinoa ici à Al Arfiane, avec ma famille, mes amis, et tous m’encouragent à continuer. Mais je regrette qu’il n’y ait pas un réel appui de la part de l’Etat malgré que le quinoa ait été introduit par lui.
Malgré cela, l’année passée, Hamdulillah, nous sommes arrivés à célébrer pour la première fois la Journée Mondiale de la Consommation du Quinoa, le 7 juillet 2019 à Zéralda, avec notamment la présence de Mr l’ambassadeur du Pérou parmi 7 pays représentés. Ce fut une grande satisfaction et un moteur pour continuer cette expérience.
Et cette année, nous avons encore célébré cette journée via les outils de communication audiovisuels parmi 12 pays participants. Le programme était chargé, avec de nombreuses interventions de chercheurs, ingénieurs et spécialistes du quinoa de tous ces pays dont l’Algérie.
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